Cinéphile m'était conté ...

Cinéphile m'était conté ...

L'horloge de Central Park (Un jour de pluie à New York)

 

Il est plus que probable qu'après un demi-siècle de réalisations, Woody Allen ne soit plus en mesure de livrer un très grand film, nonobstant toute l'admiration que l'on peut avoir pour son talent. A près de 84 ans, le cinéaste a quand même de beaux restes, surtout quand il emprunte des routes qui lui sont familières, comme dans Un jour de pluie à New York. Cette chronique sentimentale et un peu sociale, avec une petite satire du snobisme de certains milieux, est en tous cas fort agréable avec un arrière-goût mélancolique parfaitement illustré par sa musique jazzy et ses multiples références culturelles. Il ne faut pas dédaigner le plaisir presque désuet que l'on prend devant ces deux intrigues menées en parallèle avec une jolie maîtrise, agrémentées de dialogues qui font toujours mouche, même si, depuis longtemps, le cinéaste new-yorkais ne cherche plus à faire rire à tout prix. La double narration est fluide, cheminant tranquillement sur les rives de la comédie romantique sans pour autant s'y abandonner tout à fait puisque ironie il y a. Cette ballade dans la grosse pomme a beau inclure une scène en calèche et un baiser devant l'horloge de Central Park, elle a quelque chose d'un peu désabusé ou morose, tout dépendant évidemment du côté de quel personnage on se place. Timpothée Chalamet et Elle Fanning ne manquent pas d'allant mais ils apparaissent encore comme des poids légers et force est de constater que Allen a bien fait mieux dans le passé, en matière de direction d'acteurs. Cela dit, cela ne retire que peu au charme de ce nouvel opus du maître que l'on est bien content de voir enfin sur nos écrans, contrairement aux américains.

 

 

Classement 2019 : 42/191

 

Le réalisateur :

 

Woody Allen est né le 1er décembre 1935 à New York. Il a réalisé 48 films dont Manhattan, Match Point, Blue Jasmine et Wonder Wheel.

 


19/09/2019
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Peindre ou faire l'amour (Portrait de la jeune fille en feu)

 

Si, pour une raison quelconque, il fallait abandonner Portrait de la jeune fille en feu au milieu de la projection, le sentiment serait mitigé : celui d'avoir vu la moitié d'un film très beau mais hiératique et un peu froid. Heureusement, la deuxième heure du nouveau long-métrage de Céline Sciamma est autrement plus forte et émouvante, atteignant même des sommets que l'on n'espérait pas de la part de la cinéaste, au vu de ses oeuvres antérieures. Est-ce l'évocation, d'une époque lointaine (la deuxième partie du XIXe siècle) ? Toujours est-il que la réalisatrice s'est sentie libre de céder à la passion romanesque et de vaincre sa pudeur naturelle. Mais tout d'abord, d'un point de vue pictural, en intérieur ou à l'extérieur, dans la lumière chatoyante éclairant les plages bretonnes, Portrait d'une jeune fille en feu est une splendeur, chaque plan composé comme un tableau de maître. Peindre ou faire l'amour, tel est au fond le fin mot de cette histoire où les sentiments retenus éclatent enfin comme une floraison sublime. Plusieurs scènes touchent au plus haut point, par leur esthétisme et leur souffle passionnel : celle de la fête, de l'avortement et, plus tard, dans un musée. Mais au-delà de l'intimité de ses deux personnages principaux, le film parle avec une grande acuité et justesse de la création artistique et de la place (confinée) de la femme dans la société. Sans être militant, le film est effectivement féministe avec son quatuor d'actrices qui laisse les hommes hors champ. Adèle Haenel est magnifique mais la révélation est sans conteste Noémie Merlant, absolument renversante. La complicité de ce duo nous offre des moments bouleversants d'où l'ironie et l'humour ne sont d'ailleurs pas absents, à travers des dialogues joliment troussés. Portrait d'une jeune fille en feu est non seulement le meilleur long-métrage de Céline Sciamma mais aussi l'un des meilleurs films français de l'année, haut la main.

 

 

Classement 2019 : 6/190

 

Le réalisateur :

 

Céline Sciamma est née le 12 novembre 1978 à Pontoise. Elle a réalisé Naissance des pieuvres, Tomboy et Bande de filles.

 


17/09/2019
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Un chœur à l'ouvrage (Le cœur de l'Angleterre)

Bien du temps est passé depuis la parution de Bienvenue au club puis de Le cercle fermé. Les souvenirs sont lointains mais la sensation de plaisir à lire Jonathan Coe s'est poursuivie avec ses romans suivants. Cependant, Le cœur de l'Angleterre, qui complète la trilogie de la famille Tropper et évoque la décennie actuelle, a un goût particulier, celui de retrouver des personnages familiers et de les voir, non sans une certaine jubilation sadique, se démener avec une époque chaotique, entre la tragédie (les émeutes de 2011), l'extase (la cérémonie des J.O de Londres) et la déchirure (le Brexit). Le sujet du livre est le cœur de l'Angleterre, soit Birmingham et sa région, mais aussi un véritable chœur britannique à l'ouvrage puisque le roman accumule les personnages dans toutes les classes sociales, sans que jamais le lecteur ne perde le sens de l'orientation. Les événements mélodramatiques, comiques, absurdes, mélancoliques et délirants se succèdent montrant une fois encore la maîtrise narrative de Coe dont l'ironie et l'humour acide font toujours merveille. Plusieurs passages sont à mourir de rire comme la croisière en mer Baltique ou, plus brièvement mais spectaculairement, une étreinte amoureuse dans un placard. La politique prend beaucoup de place dans Le cœur de l'Angleterre, et cela peut poser problème aux lecteurs peu intéressés par le sujet, mais c'est toujours passionnant car évoquée de manière malicieuse. Au fond, l'amusement de Coe à écrire ce roman est incroyablement palpable à la lecture, suscitant une euphorie permanente et, incidemment, quelques fous rires. Dans le paysage littéraire actuel, où la noirceur prédomine souvent, l'auteur britannique est une bénédiction, avec cette suprême élégance de parler de choses graves avec légèreté et de choses futiles avec sérieux. Du nanan !

 

 

 

L'auteur :

 

Jonathan Coe est né le 19 août 1961 à Birmingham. Il a publié 12 romans dont Bienvenue au club, La vie privée de Mr Sim et Expo 58.

 


17/09/2019
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Guirlande de vieux films (Septembre/2)

Chirurgiens (Disputed Passage), Frank Borzage, 1939

Un étudiant en médecine est déchiré entre sa vocation et une jeune femme élevée en Chine. Sans doute le plus obscur des films parlants de Borzage, qui n'est pas une franche réussite dans un genre, le mélodrame, où le cinéaste excellait pourtant. A cause de dialogues assez mièvres et d'un scénario qui n'est pas loin d'être niais. La mise en scène de Borzage est pourtant irréprochable et efface en partie la mauvaise impression générale. On retrouve dans le film son idée si souvent illustrée que l'amour peut-être plus fort que l'amour et accomplir des miracles. Dorothy Lamour, dans un rôle empreint de douceur, surprend. Mais moins que Akim Tamiroff, saisissant en chirurgien misanthrope et cynique.

 

Jusqu'à notre prochaine rencontre (Mata au mi made), Tadashi Imai, 1950

Durant la guerre, un étudiant rencontre une jeune femme dans un abri anti-aérien. Ils vont s'aimer jusqu'à son départ au front. Cinéaste de gauche, Tadashi Imai a choisi la voie du mélodrame pour évoquer l'absurdité de la guerre et le militarisme forcené de son pays, au début de 1945. Un mélo plutôt bien tenu vers un dénouement lacrymal prévisible et un peu forcé, en revanche. Le film est bien construit, avec une scène inaugurale que l'on retrouve à l'identique quelques minutes avant la fin. Mise en scène correcte mais incapable de sublimer l'histoire à l'inverse d'un Naruse ou d'un Sirk. Des interprétations, homogènes, on retient surtout celles de Eiji Okada et de Yoshiko Kuga.

 

Professeur Mamlock (Professor Mamlock), Konrad Wolf, 1961

En 1933, un chirurgien réputé chasse son fils communiste de sa maison. Les deux hommes s'opposent pourtant au régime nazi. La pièce, écrite dès 1933 par un exilé allemand en France, a été la première à dénoncer les persécutions juives en Allemagne. Une première adaptation cinématographique a été réalisée en URSS en 1939 mais celle de Konrad Wolf lui est largement supérieure. Le cinéaste est-allemand, l'un des plus doués, réalise une oeuvre très forte, marquée par une narration disruptive, une mise en scène fluide et une interprétation remarquable. Tout juste peut-on lui reprocher une dialectique un peu lourde, assez fréquente dans un cinéma est-allemand souvent passionnant, moins propagandiste qu'on ne pense, et qui mérite d'être exploré.

 

La fille à l'écho (Paskutine otostogu diena), Arunas Zebriunas, 1964

Pour son dernier jour de vacances en bord de mer, une fillette rencontre un garçon auquel elle révèle son secret. Du lituanien Arunas Zebriunas, les spectateurs français ont pu en voir en salles l'an dernier La belle, une joli film rempli de poésie. La fille à l'écho, qui lui est antérieur, ne possède pas la même magie malgré de nombreuses similitudes dont son personnage principal, une fillette encore, qui joue du cor face à la mer et profite de son dernier jour en harmonie avec la nature. Elle est à l'opposé de ces garçons qui écoutent de la musique bruyante et s'amusent avec des jeux idiots. Un scénario très mince pour un film qui dépasse à peine une heure au charme évanescent.

 

L'œil de la serrure (El ojo de la cerradura), Leopoldo Torre Nilsson, 1966

Un militant d'extrême droite espionne ses voisins à l'hôtel et les soupçonne de de préparer un attentat. Figure majeure du cinéma de son pays, dans les années 50 et 60, au point d'avoir été surnommé le "Bergman argentin", Leopoldo Torre Nilsson mêle ici politique, interrogations existentielles et onirisme dans un film souvent déroutant mais loin d'être inintéressant. Il aborde notamment le cas des nombreux réfugiés espagnols dont une partie de la population se méfie. Avec sa manière elliptique, ses plans parfois sophistiqués et sa touche d'érotisme, le film se place parfaitement dans l'oeuvre de Torre Nilsson, un peu daté cependant et moins fascinant que La maison de l'ange, par exemple.

 


16/09/2019
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La semaine d'un cinéphile (145)

Lundi 9 septembre 2019

 

Joker de Todd Philips, Lion d'Or à Venise, j'avoue que je ne m'y attendais pas. On jugera sur pièces dès le mois d'octobre.

 

 

Mardi 10 septembre

 

Des sorties intéressantes, cette semaine. J'ai déjà vu L'insensible, j'attends avec curiosité Deux moi, Tu mérites un amour et Jeanne (pour Mjolk, je vais devoir attendre, hélas).

 

 

Mercredi 11 septembre

 

Un grand nombre des candidats à l'Oscar du meilleur film étranger sont déjà connus. Cela va de Douleur et gloire (Espagne) à Papicha (Algérie) en passant par Les siffleurs (Roumanie), Monos (Colombie), It must be Heaven (Palestine), Et puis nous danserons (Suède) ...

 

 

Jeudi 12 septembre

 

J'aime beaucoup Hafsia Herzi. Je ne sais pas encore ce qu'elle vaut comme réalisatrice mais je devine que son premier film doit être sensible et ludique. A vérifier ce soir.

 

 

Vendredi 13 septembre

 

Fort déçu par Hafsia Herzi, hier soir, serai-je réconforté par Bruno Dumont, lequel me laisse pourtant souvent circonspect ? Telle est la glorieuse incertitude du cinéma.

 

 

Samedi 14 septembre

 

Mjolk ne passe pas dans ma ville mais à 50 km de distance. Question du jour : irai-je à la séance de 14H ou à celle de 19H ?

 

 

Dimanche 15 septembre

 

Tranquille à la maison. Un dimanche pour repartir à la découverte d'un ou deux films anciens. Comme Saladin de Youssef Chahine.

 

 

 

 

 

 

 


15/09/2019
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Exploitation laitière (Mjólk-La guerre du lait)

 

Quelque part au nord-ouest de l'Islande, Mjólk décrit une exploitation laitière, dans toutes les acceptions du premier terme, eu égard au monopole et aux exigences de la coopérative locale dont dépend la ferme. Et à nouveau le combat d'une femme face à une force qui la dépasse mais là s'arrête la comparaison entre Mjólk- La guerre du lait et Woman at War. Le troisième film de Grimur Hakonarson n'a pas la séduction immédiate de son précédent long-métrage, Béliers, même s'il s'agit une fois encore de montrer le monde rural islandais, soumis à de vastes changements depuis quelques années, avec la grande crise financière et les impératifs du néolibéralisme. C'est vrai qu'au-delà des paysages austères et splendides du pays, il y manque l'humour et la fantaisie qui imprégnaient Béliers dont l'histoire était pourtant plutôt de l'ordre du tragique. Mjólk n'a pas cette dimension car c'est aussi un récit de deuil, d'émancipation et de solidarité (relative) au sein d'une communauté en difficulté. Le scénario est peut-être sans surprises majeures mais il est solide et les méchants n'y sont pas caricaturés outre mesure. La violence, car elle est présente, ne s'exprime pas avec des armes mais avec un épandeur à fumier. Cela fait toute la différence et la spécificité, bien dans l'esprit d'une contrée dont le cinéma déçoit rarement.

 

 

Classement 2019 : 66/189

 

Le réalisateur :

 

Grimur Hakonarson est né en 1977 en Islande. Il a réalisé Summerland et Béliers.

 

 


14/09/2019
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Pucelle que vous croyez (Jeanne)

 

Dans les nombreux films consacrés à Jeanne d'Arc,, jamais l'actrice qui la représente n'a eu son âge, au moment de sa mort (Ingrid Bergman, par exemple, avait 39 ans). Bruno Dumont, lui, n'a pas hésité à confier le rôle à Lise Deplat Prudhomme, 10 ans seulement. Passée la sidération initiale, ce pari se révèle payant, la jeune comédienne étant tout bonnement stupéfiante avec son regard pur qui s'adresse directement à la caméra. Une incarnation de Jeanne qui respecte aussi bien sa nature rebelle que sa fragilité. Autres paris gagnants : la musique sublime de Christophe, tout en arabesques cristallines, et les décors de la cathédrale d'Amiens, des dunes de Wissant ou encore du blockhaus qui symbolise la prison johannique. L'exactitude historique intéresse peu Dumont qui ne bafoue pas pour autant la chronologie et s'appuie sur Péguy pour le canevas d'un film, austère certes et parfois excessif en théâtralité mais qui gagne en puissance à chaque minute, avec quelques moments de grâce au passage, et une dernière partie passionnante, consacrée au procès de Jeanne. La super-héroïne, pucelle que vous croyez, y apparait comme obstinée mais garde tout son mystère, loin de toutes les récupérations politiques dont elle fait régulièrement l'objet. La Jeanne d'Arc de Dumont est plus proche de celle de Dreyer et de Rossellini que de celle de Fleming ou de Besson, mais de cela on n'en doutait pas. Elle est surtout la vision personnelle et originale d'un cinéaste atypique dans le paysage français, pas toujours aisé à suivre, mais terriblement singulier.

 

 

Classement 2019 : 81/188

 

Le réalisateur :

 

Bruno Dumont est né le 14 mars 1958 à Bailleul. Il a réalisé 10 films dont Flandres, Hors Satan et Ma Loute.

 


13/09/2019
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Prenez et mangez (Cadavre exquis)

"Prenez et mangez, ceci est leur corps." Les paroles de Jésus, légèrement modifiés, correspondent au thème du premier livre de l'argentine Agustina Bezterrica, ironiquement intitulé Cadavres exquis. L'humour noir est pourtant assez peu présent dans ce livre allégorique où suite à un virus les animaux ont presque tous disparu de la surface de la Terre. Résultat : le cannibalisme est devenu la norme (passons sur les détails). Déjà, le postulat de départ pose question tant il semble que l'évolution de nos sociétés mène plutôt à une consommation de moins en moins importante de viande. mais il est vrai que l'Argentine est un cas à part avec son goût immodéré pour les asados. Il est évident que la romancière dénonce la barbarie humaine vis-à-vis des animaux dans cette fable nauséabonde sous forme d'apologue et le moins que l'on puisse dire est qu'elle ne fait pas dans la dentelle. Ses descriptions sont d'une précision extrême, notamment pour décrire les rituels d'un abattoir (qui étaient déjà montrés dans Le sang des bêtes de Franju, en 1949, soit dit en passant) et si Bezterrica cherche le malaise, elle le trouve évidemment, se vautrant, le mot n'est pas trop fort, dans l'atrocité. De quoi donner la nausée mais c'est bien entendu le but. On peut d'ailleurs s'interroger sur cette littérature qui vise à montrer les plus mauvais côtés de l'humanité, à l'instar du détestable (ok, pas pour tout le monde) My absolute Darling. Ceci dit, le style glacial de l'auteure et sa capacité à créer un personnage très fort et ambigu, atténue quelque peu les grandes réserves que l'on est susceptible de faire quant à la qualité du livre et son intérêt. Quoique avec la dernière scène, choc et pas très chic, Agustina Bezterrica montre bien que c'est la surenchère dans la provocation et le sordide qui fait sa marque de fabrique.

 

 

L'auteure :

 

Agustina Bezterrica est née en 1974 à Buenos Aires.

 


13/09/2019
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La sentimentale égotiste (Tu mérites un amour)

 

Hafsia Herzi est une actrice splendide qui a eu la chance d'être parfaitement dirigée par des metteurs en scène inspirés par sa grâce et son talent. Principalement par l''un d'entre eux et tout le monde sait de qui il s'agit. En passant derrière la caméra, on imaginait un univers très personnel et original et là, c'est (presque) le drame. Tu mérites un amour nous parle d'une femme d'aujourd'hui, avec un chagrin d'amour incommensurable et des errements sentimentaux qui sont censés dessiner une carte du tendre moderne. Outre que la chose n'est pas spécialement neuve (Louis Garrel s'y est essayé, entre autres), c'est son caractère obsessionnel qui surprend, négativement s'entend, n'offrant aucune prise sur ne serait-ce que l'ébauche d'un début de préoccupation autre. Quid du statut social de l'héroïne et de sa vie quotidienne, sortie de ses tourments amoureux ? Le film ne s'intéresse qu'aux aventures sentimentales et sensuelles de son personnage principal sans l'ancrer dans un environnement concret hormis quelques amis qui ne réagissent qu'en fonction de la susdite. En termes de mise en scène, cela se traduit par un nombre incalculable de gros plans et un attachement à la peau, comme une volonté de montrer un aspect charnel et et intime avant tout. Ce côté naturaliste a de qui tenir (le réalisateur évoqué plus haut) mais les dialogues sont loin d'être à la hauteur (euphémisme), dans une tentative assez gauche de faire spontané voire improvisé. On a beau aimer beaucoup Hasia Herzi,Tu mérites un amour ressemble quand même à un exercice égotiste qui tourne en rond et lasse relativement vite.

 

 

Classement 2019 : 163/187

 

La réalisatrice :

 

Hafsia Herzi est née le 25 janvier 1987 à Manosque. Elle a réalisé un court-métrage.

 


12/09/2019
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Malheur transmissible (Le ciel par-dessus le toit)

Plus que Tropique de la violence, qui a connu un succès mérité, c'est dans son roman précédent, En attendant demain, que se révélaient vraiment les qualités de Nathacha Appanah à travers les portraits de personnages blessés, joliment dessinés, et un style chatoyant. Le ciel par-dessus le toit n'est pas franchement une déception mais pas loin, frustrant surtout par la minceur de son intrigue et sa brièveté. L'écriture, qui cherche un peu trop à se faire poétique, n'est pas exempte de scories avec des répétitions gênantes (l'abus des n'est-ce pas) dans une langue presque orale, adaptée à son sujet mais dont l'équilibre entre métaphores et réalisme n'est pas globalement satisfaisante. C'est un peu pinailler, peut-être, mais c'est parce que la romancière mauricienne est talentueuse et que l'on attend davantage d'elle que cette chronique du mal-être entre une jeune femme rebelle et deux enfants qu'elle n'a pas su aimer. Le malheur est-il transmissible, d'ailleurs ? Cela peut arriver mais Nathacha Appanah est d'habitude plus attachée à l'aspect social de ses récits qui s'efface ici devant une histoire de famille. En effet, il n'y a qu'assez peu d'indications sur l'endroit où se déroule le roman. Cela pourrait être l'île Maurice ou bien Mayotte. Cela n'a pas plus d'importance que cela, sans doute, mais les livres de Nathacha Appanah avaient jusqu'alors une dimension qui allait au-delà de l'intimité de vies marquées par le manque d'amour. C'est moins le cas de Le ciel par-dessus le toit qui mérite cependant d'être lu et qui prend place dans une oeuvre désormais bien étoffée et originale.

 

 

L'auteure :

 

Nathacha Appanah est née le 24 mai 1973 à Mahibourg (Maurice). Elle a publié 9 romans dont En attendant demain et Tropique de la violence.

 


12/09/2019
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