Cinéphile m'était conté ...

Cinéphile m'était conté ...

Petit-fils de Sindbad (Al-Najdi le marin)

De tous temps, les koweïtiens ont été des marins, des plongeurs et des pêcheurs, risquant leur vie au large. Mais peu après la deuxième guerre mondiale, l'exploitation des gisements pétroliers a bouleversé la vie des habitants de ce petit pays du Golfe, qui ont alors préféré travailler sur la terre ferme. Al-Najdi le marin, troisième traduction en français de Taleb Alrefai, raconte cette histoire nationale en filigrane mais le livre est avant tout une biographie romancée de l'un des "petits-fils de Sindbad", symboliquement s'entend, capitaine qui a débuté à une vingtaine d'années et qui considérait la mer comme son "amie intime", vivant moult aventures sur les flots, du golfe persique aux confins de l'Inde. Le roman ne fait que 140 pages, il ne donne donc qu'un bref aperçu de la carrière du marin, d'autant que le récit de ses souvenirs alterne avec la chronique du dernier jour de l'existence d'Al-Najdi, en mer bien entendu, aux prises avec une terrible tempête. Il semble bien que le livre soit un peu à part dans la production d'Alrefai, qui a surtout écrit sur la condition féminine au Koweït et le statut des travailleurs immigrés, comme l'ont montré. les excellents Ici-même et L'ombre du soleil. Un peu plombé par les répétitions, Al-Najdi le marin est un peu décevant, pas assez long et étoffé pour que l'on s'attache vraiment à ce passionné obsessionnel qui ferait sans conteste un beau personnage pour un biopic.

 

 

L'auteur :

 

Taleb Alrefai est né le 10 mai 1958 au Koweït. Il a publié une douzaine de livres dont Ici-même et L'ombre du soleil.

 


25/02/2020
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Là haut, dans le Kekexili (Jinpa, un conte tibétain)

 

Réduire le dernier film du tibétain Pema Tseden à un genre unique, à savoir le western, serait une solution de facilité et très réducteur. Et ce même s'il y a quelque chose de Sergio Leone dans Jinpa. Mais c'est aussi un road-movie, avec son héros, un routier au look de rock star, qui chemine dans le Kekexili, un plateau désertique du Tibet, considéré comme le plus haut du monde avec ses 5000 mètres d'altitude. Mais ce n'est pas tout, Jinpa peut aussi être apprécié comme une comédie noire, voire un suspense à combustion lente sans oublier son caractère fantastique dans ses dernières minutes. Film finalement inclassable qui rappelle parfois Jim Jarmusch et à d'autres moments Wong Kar-wai, qui est d'ailleurs le producteur de Jinpa. Ce qui est certain, c'est que le film possède un style qui lui est propre et une mise en scène chiadée qui varie entre la couleur crépusculaire et le noir et blanc, pour les flashbacks. Avec un scénario plus écrit, Jinpa aurait pu tutoyer les hauteurs d'un chef d'oeuvre. Il n'en a pas la stature mais mérite une exposition plus grande que celle des festivals. Une sortie sur les écrans français ne serait pas usurpée.

 

 

Classement 2020 : 22/42

 

Le réalisateur :

 

Pema Tseden est né en décembre 1969 à Thirka (Tibet). Il a réalisé 7 films.

 


24/02/2020
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Une lumière dans le noir (Parce que les fleurs sont blanches)

Parce que les fleurs sont blanches est l'un des tous premiers livres de Gerbrand Bakker, paru en 1999 aux Pays-Bas, bien avant Là-haut, tout est calme et Le détour, ses deux romans les plus connus. Parce que les fleurs sont blanches n'a pas l'intensité ni la densité narrative de ses récits ultérieurs mais il montre déjà un écrivain avec un univers bien particulier et qui a peu d'égal pour distiller une sorte de sérénité mélancolique et une grande pudeur devant les drames de l'existence. Dans ce roman, on entre de plain pied dans un monde familial essentiellement masculin, depuis que la mère est partie sans laisser d'adresse, avec un père, des jumeaux et un cadet qui n'a pas encore fêté ses 14 ans. Bakker n'a pas son pareil pour créer une ambiance, chaleureuse et foncièrement triste, autour des jeux de la fratrie, des trajets en voiture vers la maison des grands-parents ou du comportement d'un petit chien qui semble comprendre et absorber les tourments cachés des membres de la famille. Un accident de voiture qui rend le plus jeune fils aveugle devrait précipiter le livre vers le drame. Mais avec sa délicatesse, son sens des dialogues dont le caractère parfois absurde cache la douleur, Bakker ne plonge jamais dans le pathos, tout dans son style respirant un calme et une lucidité déchirante. Les narrateurs principaux du roman sont les jumeaux, presque assimilés à une seule personne, et de temps en temps leur frère, celui qui ne supporte pas le noir duquel il est désormais prisonnier. Et le livre, sans fausse note, va vers son dénouement, de manière presque paisible, alors que le lecteur ne peut qu'être bouleversé par ce qui finit par arriver. Comment écrire sur des événements tragiques en s'approchant au plus près de la lumière, tel est le don de Gerbrand Bakker, dont on espère que les ouvrages encore inédits en français seront bientôt traduits.

 

 

L'auteur :

 

Gerbrand Bakker est né le 28 avril 1962 à Wieringerwaard (Pays-Bas). 4 de ses livres ont été traduits en français dont Là haut, tout est calme et Le détour.

 


23/02/2020
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La semaine d'un cinéphile (167)

Lundi 17 février 2020

 

Comment, qu'apprends-je ? Un nouveau film d'André Zwobada est désormais en vente chez René Chateau ! Il me le faut ce Capitaine Ardant, et très vite.

 

 

Mardi 18 février

 

Beaucoup de films déjà vus dans les principales sorties de mercredi, à part le Clint Eatwood. Mais je suis surtout heureux de pouvoir enfin découvrir Deux.

 

 

Mercredi 19 février

 

Films invisibles dans ma ville et pour lesquels je vais devoir me déplacer : Un soir en Toscane (s'il est encore à l'affiche), Wet Season et Lara Jenkins.

 

 

Jeudi 20 février

 

Vu Le cas Richard Jewell hier. Très efficace mais je suis un peu embarrassé par le traitement du personnage de la journaliste Kathy Scruggs. Elle n'est hélas plus là pour se défendre.

 

 

 

Vendredi 21 février

 

Je fais les comptes : Alès, c'est J-28, La Rochelle, c'est J-126. Et la retraite professionnelle ? J-120, grosso modo !

 

 

Samedi 22 février

 

Retour aux fondamentaux et au patrimoine français. Avec La dénonciation de Doniol-Valcroze, par exemple.

 

 

Dimanche 23 février

 

Louis Daquin est un cinéaste très oublié. J'apprends à l'apprécier au fur et à mesure. Ce soir, je regarde Maître après Dieu.

 

 

 


23/02/2020
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Voyage en paysages étranges (Sortilège)

 

Après la découverte du très singulier The Last of us, le nouveau film du réalisateur tunisien Ala Eddine Slim semble vouloir nous perdre encore davantage, jusque sur les rivages du fantastique. Tout débute pourtant de façon réaliste dans Tlamess mais cela ne dure qu'un moment et il n'y a d'autre choix que de se laisser entraîner dans des paysages inattendus qu'ils soient mentaux ou non. Mais cette fois, le cinéaste, s'il continue à nous parler de solitude et de vie en dehors de la société, va plus loin et prend des risques dans une fable déconcertante où il convoque aussi bien Adam et Eve que Robinson Crusoé et même 2001, Odyssée de l'espace. Contrairement à The Last of us, Tlamess n'est pas muet quoique les moyens de communication subissent parfois quelques aménagements surprenants. Capable d'étirer des scènes au maximum, Ala Eddine Slim est parfois adepte de coupes au noir très brutales. Le film est un objet fascinant et ésotérique mais attention tout de même à ne pas trop opacifier le propos que certains pourraient avoir la tentation de qualifier de "n'importe quoi." Il n'est pas interdit de penser à Weerasethakul, Tlamess donnant l'impression d'une expérimentation d'abord sensitive avant d'être intellectuelle. Il faut juste accepter de se laisser entraîner dans une aventure visuelle et narrative à part et accepter de ne pas chercher à en comprendre le fin mot. Quoiqu'on aimerait bien connaître un peu mieux les intentions du scénario, quand même.

 

 

Classement 2020 : 24/41

 

Le réalisateur :

 

Ala Eddine Slim est né le 11 novembre 1982 à Sousse (Tunisie). Il a réalisé The last of us.

 


23/02/2020
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Hymne à l'amour (Deux)

 

Et si le plus bel hymne à l'amour de l'année au cinéma était déjà sur les écrans mi-février ? Dès son ouverture, belle et énigmatique, sur la douleur et l'incompréhension de la séparation, il est évident que Deux ne sera pas de ces films bavards et démonstratifs mais prendra son temps, jouera sur les silences et les regards, ne cherchera pas à tout prix l'émotion mais y parviendra par la grâce de sa mise en scène élégante. Ainsi est le premier film de Filippo Meneghetti, splendide évocation d'un amour difficile à protéger de l'incompréhension et de l'intolérance des autres et menacé par le vieillissement et la maladie. Les héroïnes de Deux ont dépassé depuis longtemps le temps des passions adolescentes mais elles vivent leur amour comme un trésor qu'elles cachent elles-mêmes au monde qui les entoure par pudeur et par crainte d'une toujours vivace hostilité sociale. Ce sont deux vieilles dames très dignes et tendres incarnées par la merveilleuse Barbara Sukowa et la moins connue mais tout aussi remarquable Martine Chevallier. Il faut voir comment Meneghetti réussit parfaitement à marier deux techniques et tempéraments d'actrices aussi différents, l'un cinématographique, l'autre théâtral, pour les rendre complémentaires et parfaitement crédibles en tant que couple inséparable. Deux est un film passionnant pour son propos mais aussi pour sa forme, utilisant les codes du thriller pour singulariser un mélodrame d'une justesse de ton remarquable, d'une empathie constante pour ces deux personnages principaux mais aussi pour celui incarné par une Léa Drucker aussi excellente, sur un autre registre, que dans Jusqu'à la garde. A la fin de Deux, le spectateur se retrouve à la fois heureux et triste, impliqué et touché en tous cas, dans une histoire d'amour autant unique qu'universelle et lumineuse.

 

 

Classement 2020 : 5/40

 

Le réalisateur :

 

Filippo Meneghetti est né à Padoue (Italie). Il a réalisé 3 courts-métrages.

 


22/02/2020
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Le viol de l'innocence (Les fantômes de Reykjavik)

Puisque nous n'aurons plus de nouvelles d'Erlendur, sauf si Indridason revient à nouveau sur ses premières années de service dans la police, il faut accepter de cheminer désormais en compagnie d'autres personnages, notamment Konrad, policier à la retraite mais toujours prêt à agir quand on fait appel à lui. Konrad, qui revient en protagoniste principal après Ce que savait la nuit, n'est plus un inconnu mais reste cependant moins attachant que son prédécesseur chez Indridason bien que son histoire personnelle et familiale, qui a d'ailleurs une grande importance dans Les fantômes de Reykjavik, soit des plus tourmentées. Il est encore difficile à cerner mais son humanité blessée ne fait aucun doute et se trouve confrontée à deux enquêtes, l'une surgie du passé et l'autre immédiate, qui ne vont pas le laisser indemne, pas plus que le lecteur. Comme souvent, l'auteur islandais aime à revenir sur l'histoire de son pays et de sa capitale, la nostalgie se mêlant à une certaine lucidité pour ne pas affirmer de manière péremptoire qu'avant, c'était mieux. Non, cela pouvait être glauque aussi, l'âme humaine n'ayant guère évolué au fil du temps et l'horreur des crimes commis, pas davantage. Avec son savoir-faire habituel, Indridason réussit sans peine à nous intéresser à deux intrigues éloignées qui se rejoignent dans les atrocités que certains adultes pervers commettent à l'égard d'enfants. Au fond, c'est cela la thématique majeure du romancier dans l'ensemble de son œuvre, le viol de l'innocence, aussi bien concernant les êtres que pour une nation toute entière (voir ses livres se déroulant pendant "l'occupation américaine", sorte de péché originel qui a sorti l'Islande de son splendide et heureux isolement). Les fantômes de Reykjavik n'est pas l'ouvrage le plus brillant d'Indridason mais il est suffisamment habile et bien construit pour qu'on lui pardonne quelques ficelles narratives voyantes avec, ce n'est pas désagréable, une petite touche de fantastique, au passage.

 

 

L'auteur :

 

Arnaldur Indridason est né le 28 janvier 1961 à Reykjavik. Il a publié 21 romans dont La cité des jarres, Hiver arctique et Passage des ombres.

 


22/02/2020
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Tant que durera la guerre (Lettre à Franco)

 

Une guerre interminable : c'est le titre de la série que la romancière Almudena Grandes a consacré à la guerre d'Espagne et dont le quatrième tome : Les patients du docteur Garcia, est paru au début de 2020 dans sa traduction française. Hasards du calendrier : le nouveau film d'Alejandro Amenabar, intitulé Mientras dure la guerra (Lettre à Franco) lui succède un mois plus tard, sur les écrans. Les fantômes du franquisme ne disparaitront pas de sitôt en Espagne mais il est évident que le film, des dires mêmes de son réalisateur, se veut aussi et surtout un avertissement pour aujourd'hui, devant ce qu'il considère comme un manque de discernement et de lucidité vis-à-vis de la montée du péril fasciste, en Europe, notamment. Pour ce qui est du film lui-même, les admirateurs d'Amenabar risquent une forte déception devant une œuvre à la reconstitution certes chiadée mais plutôt académique dans sa réalisation, voire même terne, à l'image de la sombre période qu'il décrit. Il est pourtant passionnant, menant deux récits en parallèle qui se croisent à plusieurs reprises, en particulier lors d'une scène remarquable à l'université de Salamanque. Toute la description des luttes d'influence à l'intérieur de la junte militaire, qui est à l'origine du soulèvement contre le pouvoir républicain et a lancé la guerre civile, a été rare jusqu'alors au cinéma. Le personnage de Franco, loin d'être le plus charismatique ou le plus bravache, apparait en revanche comme le plus matois, c'est certain. Lettre à Franco donne cependant la vedette à Unamuno, écrivain et philosophe célébrissime à l'époque, dont la candeur intellectuelle voire l'adhésion initiale à l'action des militaires va peu à peu évoluer vers davantage de clairvoyance. Même si les historiens espagnols ne se sont pas privés de relever les nombreuses erreurs historiques du film, tout dans Lettre à Franco semble extrêmement écrit et calculé, ne laissant que rarement sourdre l'émotion. Il peut être critiqué pour cela mais la facture du film est impeccable, et ne peut que susciter l'intérêt de ceux qui vouent une grande curiosité pour cette période précise. Quitte à engager ensuite le débat sur une vision de l'Histoire qui ne fera pas l'unanimité.

 

 

Classement 2020 : 18/39

 

Le réalisateur :

 

Alejandro Amenabar est né le 31 mars 1972 à Santiago du Chili. Il a réalisé 7 films dont Tesis, Les autres et Agora.

 


21/02/2020
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Femme au bord de la crise de mère (Une mère incroyable)

 

Silvia est "Une mère incroyable" (c'est ainsi qu'elle est qualifiée par son nouvel amoureux) mais elle est aussi une femme qui travaille et s'assume et une fille qui vit mal la maladie de celle qui lui a donné le jour. Après Gente de bien, le nouveau film du colombien Franco Lolli dresse un portrait de femme dont le réalisme est frappant, son inspiration est autobiographique, mais nourri au carburant de la fiction mêlant l'intime et le social. S'il est vrai qu'Une mère incroyable s'approche dangereusement du mélodrame pesant, il s'en échappe cependant par la qualité de son écriture, la fluidité de sa mise en scène et la souplesse de son montage. Sans oublier une pointe d'humour et des dialogues hauts en couleur où l'héroïne et sa propre mère s'assènent quelques vérités teintées de fiel. Pour autant, Lolli manifeste une grande tendresse pour les femmes de son film même s'il évite soigneusement d'en faire des saintes. Silvia fait ce qu'elle peut, mère célibataire qui traverse les moments difficiles de sa vie avec une certaine dignité, et l'interprétation de Carolina Sanin est en tous points parfaite, d'une sobriété exemplaire.

 

 

Classement 2020 : 9/38

 

Le réalisateur :

 

Franco Lolli est né le 13 juin 1983 à Bogota. Il a réalisé Gente de bien.

 


20/02/2020
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Du coq à l'âne (les fables du moineau)

Le dernier livre de l'écrivain togolais Sami Tchak, Les fables du moineau, célèbre un anniversaire, celui des 20 ans de la collection "Continents Noirs" de Gallimard, consacrée à la littérature africaine, afro-européenne et diasporique. L'ouvrage est atypique dans le sens où il ne s'inscrit pas dans un genre narratif particulier : ce n'est pas un roman, pas plus un recueil de nouvelles et encore moins un essai. Sami Tchak accumule un certain nombre de fables, sans chercher une progression dramatique, ayant toutes un rapport avec les animaux, les humains puisque nous faisons partie de cette catégorie. Des petites histoires qui n'ont pas de visées moralistes et qui, en passant du coq à l'âne, décrivent une nature tour à tour impitoyable ou bienveillante mais toujours pittoresque. L'auteur en profite également pour parler de son histoire personnelle, de son enfance au Togo à l'âge adulte en France, sans qu'il soit pour autant question d'autobiographie. Plutôt que de lire à la suite ces innombrables fables qui composent le livre, il vaut mieux grappiller quelques menus passages, au gré de ses envies. Le style de Tchak est agréable mais l'amateur de récits construits avec une trame narrative bien définie ressentira sans aucun doute une grande frustration car il y avait sans doute matière dans Les fables du moineau à autre chose qu'à compiler une collection de textes très brefs qui obligent sans cesse le lecteur à "zapper" sans pouvoir s'attacher longuement à des personnages, fussent-ils à 4 pattes.

 

 

L'auteur :

 

Sami Tchak est né en 1960 au Togo. Il a publié 10 livres dont Place des fêtes et Al Capone le malien.

 


20/02/2020
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