Cinéphile m'était conté ...

Cinéphile m'était conté ...

Exil (Allemagne)

Exil, Visar Morina, Allemagne, 2020

Un ingénieur chimiste, d'origine kosovare, trouve un matin un rat mort dans son bureau. Parallèlement, il se se sent de plus en plus discriminé au travail. Exil est un film glacial et glaçant qui ne comporte strictement aucune scène légère. Les faits, a priori incontestables (trouver un rongeur décédé est la pire des souffrances pour un musophobe avéré), semblent alimenter la paranoïa du héros qui ressent une ostracisation constante au bureau. Celle-ci est elle réelle, le film ne donne pas de réponses mais accentue la tension de son personnage principal. Entre Haneke et Östlund, avec une touche kafkaïenne en plus, Exil ne laisse aucun répit et nous enferme dans une spirale qui semble infernale. Il est bien question de xénophobie mais aussi de perte d'identité, voire de début de démence. C'est à chacun de chercher ses propres explications dans ce long-métrage irrespirable et toxique.

 

 

Note : 7,5/10

 


21/04/2021
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Minas Gerais (Remords)

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Métailié.

Oséias est un homme au bout du rouleau. La mort le guette mais, en attendant; il effectue un pèlerinage dans sa région natale, le Minas Gerais, à la rencontre de ses deux sœurs et de son frère et de visages familiers de son enfance. Nostalgique, le narrateur de Remords ? Oui, avec cette fichue impression d'avoir raté sa vie dans ses grandes largeurs. Portrait d'un homme malade, le livre trace aussi celui d'une région brésilienne, loin de l'agitation de Rio ou de Sao Paulo, avec ses vies monotones, médiocres et souvent précaires. Remords ne respire pas la joie de vivre et le style de Luiz Ruffato nous enfonce encore davantage dans la grisaille. Dans la tête d'Osais, les événements du quotidien répétés à l'infini (les passages aux toilettes, la sueur sur le front, etc.) se mélangent avec les souvenirs, sans aucune transition entre chaque phase. C'est déconcertant un temps, assez répétitif, il faut bien le dire, mais pas question de lâcher le narrateur, surtout quand il se transporte dans le passé et évoque ses parents, un suicide qui l'a touché de près et les petits moments de joie de l'enfance. C'est triste et émouvant, loin de tout réalisme magique. Malgré les réserves que l'on est en droit d'émettre, Luiz Ruffato est le livre d'un auteur singulier et sincère qui possède sa propre voix et ne fait aucune concession.

 

 

L'auteur :

 

Luiz Ruffato est né en 1961 à Cataguases (Brésil). 5 romans ont été publié en France dont Tant et tant de chevaux.

 


20/04/2021
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La grande traversée (Etats-Unis)

La grande traversée (Let them all talk), Steven Soderbergh, Etats-Unis, 2020

Il suffit parfois d'un film pour comprendre que le cinéma vient de révéler un grand talent. Ce fut le cas avec Sexe, mensonges et vidéo de Steven Soderbergh et la quasi certitude d'avoir découvert un réalisateur dont il serait délectable de suivre la carrière au fil des années. Objectivement, Soderbergh, malgré quelques coups d'éclat, n'a pas su ni sans doute voulu devenir l'un des plus grands cinéastes de sa génération. Prenez La grande traversée, un film intelligent, assez subtil, mais dont le thème est plutôt ténu et pas entièrement traité et vous aurez une bonne idée de la relative déception qui est quand même assez souvent de mise avec le réalisateur de Traffic, surtout ces dernières années. Le sujet principal ne parlera pas à tous mais il aurait pu être intéressant : la manière dont un écrivain (une romancière en l'occurrence) se nourrit de la vie de ses proches pour alimenter son oeuvre, sans se rendre compte qu'elle peut blesser durablement ses modèles. Sur ce même sujet, l'auteur israélien Eshkol Nevo a d'ailleurs écrit un roman remarquable, par ailleurs hilarant. Ce n'est pas vraiment le cas de La grande traversée qui est constitué principalement d'une multitude de conversations entre différents personnages, qui ne sont pas toutes palpitantes, loin de là. La majorité des scènes se déroulant à bord d'un paquebot, c'est un peu La croisière discute, et il n'est pas question qu'un iceberg quelconque vienne mettre un peu de piment à l'affaire. Comme Soderbergh a un sens du rythme inné et a soigné son montage, l'on ne s'ennuie pas totalement et l'on sourit un peu avant d'être surpris par le coup de théâtre final. Et l'on a tout le temps d'apprécier le jeu de Meryl Streep, très sobre, de Diane West et de Candice Bergen. Sans oublier les plus dynamiques (car plus jeunes ?) Gemma Chan et Lucas Hedges, excellents tous les deux.

 

 

Note : 5,5/10

 


20/04/2021
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Défilé de vieux films (Avril/3)

Les soleils de l'île de Pâques, Pierre Kast, 1972

Près de 50 ans après sa sortie, Les soleils de l'île de Pâques reste l'un des films les plus étranges du cinéma français. L'un des plus ésotériques, intellectuels et, hum, prétentieux, également. Avant la rencontre cosmique prévue sur l'île de Pâques, et d'essayer de comprendre les mystères de l'humanité, pas moins, le film charrie tout un tas d'idées et d'images sur l'énergie solaire, la violence policière, le crépuscule capitaliste, entre autres sujets ma foi toujours actuels. Malgré la brume mystique qui l'obscurcit et son style bâtard entre le documentaire et la science-fiction, le film est loin d'être un supplice et comporte quelques moments de grâce naïve. L'interprétation, Alexandra Stewart,Maurice Garrel et Françoise Brion sont de l'aventure, est assez désastreuse mais même cette théâtralité assumée fait partie de l'expérience.

 

Le puits aux trois vérités, François Villiers, 1961

Une jeune femme meurt un soir, d'une balle de revolver. Assassinée ou suicidée ? L'intérêt du film n'est pas dans la résolution du mystère mais dans la description d'un ménage à trois qui ne dit pas son nom avec le mari, l'épouse et la mère de cette dernière. Le puits aux trois vérités, réalisé par le peu doué François Villiers, essaie de donner une touche Nouvelle Vague (nous sommes en 1961) à un drame qui reprend les grandes recettes du cinéma français de la décennie précédente. Ce n'est pas déplaisant mais assez mou et téléphoné avec des interprètes mal dirigés qui ne sortent guère de leur schémas de jeu : Brialy en godelureau cynique, Morgan en dame moins bourgeoise qu'elle n'en a l'air et Spaak en jeune fille malheureuse. Seule petite fantaisie à signaler : l'apparition furtive de Trintignant, Aumont et Béart à un vernissage.

 

Les évadés, Jean-Paul Le Chanois, 1955

La comparaison avec La grande illusion n'est évidemment pas à l'avantage de ces Évadés, même s'il s'agit d'une histoire véritablement vécue. La plus grande parie se passe dans un wagon en route pour la Suède où les trois héros n'ont d'autre but que de ne pas mourir de soif. Peu de péripéties donc, hormis vers la fin, et de grandes leçons de vie assénées avec plus ou moins de lourdeur. Pierre Fresnay est égal à lui-même, un peu coincé, et François Périer joue le chien fou et couard avec la conviction qu'on lui connait. Jean-Paul Chanois, l'une des cibles favorites des hussards de la Nouvelle Vague a fait par ailleurs des choses bien plus intéressantes.

 


19/04/2021
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La semaine d'un cinéphile (226)

Lundi 12 avril 2021

 

Sans surprise, Nomadland a raflé la mise aux BAFTA. Comme une répétition avant les Oscars ?

 

 

Mardi 13 avril

 

Cycle Pays de l'Est en cours. Films polonais, tcèques, hongrois, yougoslaves, bulgares ... J'hésite encore !

 

 

Mercredi 14 avril

 

A lire absolument : Billy Wilder et moi de Jonathan Coe. Un délice pour gourmet cinéphile.

 

 

Jeudi 15 avril

 

Le Festival de La Rochelle est toujours programmé à partir du 25 juin. Avec notamment des rétrospectives Rossellini, Clément, Pialat et Gavaldon.

 

 

Vendredi 16 avril

 

Shadow in the Cloud sort en DVD. Un cocktail détonant d'aventures guerrières, d'horreur, d'humour et de ... n'importe quoi.

 

 

Samedi 17 avril

 

C'était un autre 17 avril. El reino, La camarista et Working Woman sortaient dans les salles françaises. C'était en 2019. Heureux temps.

 

 

Dimanche 18 avril

 

Un dimanche avec de vieux films français. A commencer par un Pierre Kast qui m'intriguait depuis longtemps.

 

 


18/04/2021
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Nos secrets bien gardés (Etats-Unis)

Nos secrets bien gardés (The Secrets we keep),Yuval Adler, Etats-Unis, 2020

Dans l'Amérique du début des années 60, une femme croise un inconnu qui lui rappelle ses souvenirs douloureux de la guerre. Ce n'est pas qu'il y a un air de déjà vu dans The Secrets we keep, c'est surtout que le film en rappelle définitivement un autre, La jeune fille et la mort, au point de friser le plagiat. Qui plus est, on ne peut pas dire que le scénario soit très inspiré ni que la mise en scène de Yuval Adler (déjà peu convaincant dans The Operative) montre de grandes qualités. Le film laisse échapper beaucoup de pistes narratives autres que l'affrontement entre la victime et son présumé tortionnaire et le seul suspense, guère mis en valeur, consiste à s'interroger un temps sur l'état mental de celle qui est devenue bourreau. Tout semble plus ou moins écrit à l'avance, sans véritablement donner envie de s'intéresser à une histoire dont on ne ressent presque jamais le côté poignant. Parce que, dès le départ, et l'énorme hasard qui se produit, on n'y croit jamais vraiment. Par ailleurs, l'interprétation est correcte et la reconstitution d'époque, voitures et vêtements, assez plaisante.

 

 

Note : 4,5/10

 


17/04/2021
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Faites entrer l'accusé ! (Albert Black)

Faites entrer l'accusé ! Albert Black, que tout le monde appelle Paddy, 20 ans, fraîchement arrivé en Nouvelle-Zélande de Belfast, a tué un autre immigré du Royaume-Uni dans un bar. Avec ou sans préméditation, telle est la question. En 1955, le pays vient de rétablir la peine de mort et faire un exemple, face à une violence juvénile de plus en plus présente, est dans l'air du temps. Fiona Kidman, écrivaine qui ne cesse de radioscoper sa Nouvelle-Zélande natale, réussit une nouvelle fois un tour de force en évoquant tous les aspects de cette affaire emblématique d'une époque, s'attachant non seulement à son héros, mais aussi à ses parents, aux juges, à ses amis, aux jurés et même jusqu'au premier ministre néo-zélandais. C'est la chronique d'une exécution annoncée, que Fiona Kidman décrypte en sociologue, forte d'une documentation solide qui n'empêche pas la fiction de jouer son rôle, ne serait-ce que pour entrer dans la tête de ce pauvre Paddy, sacrifié pour des raisons éminemment politiques. Le style de Fiona Kidman fait comme toujours merveille : simple en apparence mais embelli par un lyrisme apaisé et un sens inné du drame sans céder au mélodrame. Suite à la parution du livre, le cas Albert Black devrait être réexaminé et sa condamnation révisée. Cela ne fera pas revenir Paddy parmi les vivants mais montre que la littérature peut aussi parfois changer (un peu) le monde, même rétrospectivement.

 

 

L'auteure :

 

Fiona Kidman est née le 26 mars 1940 à Hawera (Nouvelle-Zélande). Elle a publié 11 romans dont Fille de l'air et Comme au cinéma.

 


16/04/2021
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Bad Luck Banging or Loony Porn (Roumanie)

Bad Luck Banging or Loony Porn (Babardeală cu bucluc sau porno balamuc), Radu Jude, Roumanie, 2021

Et dire que Radu Jude avait commencé par la réalisation de La fille la plus heureuse du monde ! Progressivement, le cinéaste roumain s'est libéré des contraintes de narration classique et n'hésite plus à manier la satire et le provocation, quitte à prendre les spectateurs à rebrousse-poil. En cela, Bad Luck Banging or Loony Porn, Ours d'Or à Berlin, outrepasse largement tout ce qu'il a tourné jusqu'alors. A partir de la Sex Tape d'une enseignante qui a fuité sur Internet, Jude analyse en profondeur la société roumaine, sous-entendant que la pornographie et la violence ne sont pas nécessairement là où le commun des mortels la voit. Le film commence par une vidéo amateur explicite et poursuit par une promenade dans Bucarest où l'on perçoit l'agressivité ambiante, dans le contexte de la pandémie actuelle, avec masques à la clé. La partie suivante, foisonnante, est une sorte de dictionnaire qui évoque tous les sujets possibles et imaginables, avec parfois des images d'archives, dans une posture très godardienne. Ceci avant de passer au jugement de l'enseignante par un tribunal populaire (un mot qui signifie quelque chose en Roumanie) composé de parents d'élèves. Les répliques fusent, montrant l'hypocrisie sociale, le négationnisme, le racisme, la misogynie et autres joyeusetés. Autant dire que le film est un fourre-tout pas facile à digérer qui, malgré ses fulgurances, est assez inégal, lesté d'outrances et volontairement grotesque et loufoque, par endroits. Pas un spectacle recommandable pour tous, sans doute, mais le genre d’œuvre qui ne se laissera certainement pas oublier facilement.

 

 

Note : 5,5/10

 


16/04/2021
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Défilé de vieux films (Avril/2)

La danse sous la pluie (Ples v dezju), Bostjan Hladnik, 1961

Une actrice de théâtre vieillissante aime un garçon plus jeune qui ne lui accorde ses faveurs qu'avec mépris. Considéré comme le film le plus important de Slovénie, La danse sous la pluie est le premier long-métrage de Bostjan Hladnik, qui a travaillé avec Chabrol, à la fin des années 50. Le film est caractéristique de son époque, très inspiré par la Nouvelle Vague mais aussi par Luis Bunuel. Pas toujours facile de s'y repérer entre la réalité et le rêve, dans une ambiance tristounette de quête existentielle. La mise en scène est virtuose et le film ne manque pas de bonnes idées (le couple de jeunes gens, extérieur à l'histoire principale, qui apparait à plusieurs reprises en contrepoint). En fin de compte, le spleen de Ljubljana a tendance à contaminer le spectateur qui ne peut qu'être passif devant cette intrigue somme toute ténue.

 

Un chariot pour Vienne, Karel Kachyna, 1966

A la fin de la guerre, peu après la mort de son mari, une jeune femme tchécoslovaque est contrainte d'accompagner deux soldats autrichiens qui fuient les russes. Avant la merveille qu'est L'oreille, Karel Kachyna a tourné quelques films de bonne facture, dont Un chariot pour Vienne, sorte de road-movie à trois personnages, une veuve et deux soldats. L'intrigue est assez mince et les échanges limités puisque la première ne comprend pas la langue des deux autres et réciproquement. Mais Kachyna parvient à créer une atmosphère particulière dans la traversée d'une forêt qui semble sans fin, avec notamment une musique baroque étonnante. Le dénouement est évidemment des plus cruels et n'a guère été apprécié des autorités tchèques et encore moins par les russes.

 

Noces de pierre (Nunta de piatra), Mircea Veroiu et Dan Pita, 1973

Deux histoires distinctes, avec deux réalisateurs différents avec des lieux et une époque communs : la Roumanie du début du XXe siècle. Le choix du noir et blanc convient bien à ces récits d'atmosphère qui se passent pratiquement de mots, quelques éléments  narratifs étant apportés par des chansons. Le premier segment, où une veuve travaille pour acheter une belle robe pour l'enterrement de sa fille mourante, est sinistre mais plastiquement somptueux. Un peu plus de gaieté dans la seconde partie où une femme prend la fuite avec un chanteur, le jour de ses noces. Ce classique roumain des années 70, malgré son austérité et ses intrigues ténues, est une vraie curiosité qui a son charme.

 


15/04/2021
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Mon année à New York (Canada)

Mon année à New York (My Salinger Year), Philippe Falardeau, Canada, 2020

Typique film d'apprentissage, My Salinger Year a pour atout de se dérouler dans la sphère littéraire des années 90 à New York. Plus précisément dans une agence qui embauche l'héroïne de cette histoire avec pour principale tâche de lire les nombreuses lettres adressées à leur "client' le plus prestigieux, à savoir l'icône Salinger, reclus depuis une trentaine d'années et qui ne publie plus rien depuis.. Le mystère autour de l'écrivain est un excellent moteur pour le film du québécois Philippe Falardeau mais le personnage principal est bien cette jeune femme, décidée à devenir écrivaine, et dont les épisodes sentimentaux n'ont que peu d'intérêt. Il y a cependant un petit charme "allenien" dans cette chronique légère qui comporte quelques bonnes idées mais manque quelque peu de fantaisie ou d'extravagance. Pas de quoi fouetter un chat, donc, mais un bon moment à passer avec l'exquise Margaret Qualley et son mentor, l'impeccable Sigourney Weaver.

 

 

Note : 6,5/10

 


14/04/2021
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